Je suis Assistante Sociale, mais je le vis bien (pour l’instant).

« Vous avez un drôle de métier quand même, ça ne doit pas être facile tous les jours. Je ne pourrais pas moi. »

Entendu régulièrement, par tout un tas de personnes différentes.

Pour remettre les choses dans leur contexte, à l’heure où j’écris ceci j’ai 25 ans et je suis Assistante de Service Social depuis deux ans. Oui c’est pareil qu’Assistante Sociale, c’est juste qu’à un moment donné de l’histoire ils ont voulu rajouter un mot donc ils ont mis « service » entre deux (et un peu aussi pour changer l’image de la profession).

Je ne sais jamais vraiment comment réagir quand j’entends cette phrase, et croyez-moi c’est régulier. Est-ce que je dois enjoliver mon métier, ou au contraire en profiter pour me faire plaindre ?

Parce qu’en effet, ce « drôle de métier » n’est pas facile tous les jours. Mais quand on y réfléchit bien, c’est le lot de tous les métiers non ? Je veux dire, chaque profession a ses propres avantages et ses propres inconvénients, qui seront plus ou moins acceptables en fonction du caractère et des convictions de chacun, non ?

Je pense sincèrement, et sans ressentiment aucun, que les gens connaissent mal mon métier, et s’imaginent que nous sommes confrontés tous les jours de toute notre vie au pire de la misère humaine. Alors oui, c’est vrai, on rencontre des personnes en situation de très grande précarité ou de maltraitance, on est confronté à des histoires de vie très difficiles. Mais ce que l’on a tendance à oublier c’est tout ce que l’on gagne en retour (à part l’argent bien-sûr ahahahah, on fait ce métier par vocation pas pour l’appât du gain !).

Ce que je vais vous dire là est un ressenti très personnel évidemment, chaque travailleur social voit les choses à sa façon, mais d’une manière générale je pense que l’on se retrouve tous à peu près dans les mêmes choses.

Il y a bien évidemment le sentiment d’utilité. Clairement, j’ai fait ce métier pour me sentir utile. J’ai toujours eu beaucoup d’empathie pour toutes les personnes que je croisais, même les personnages de films ou de livres, c’est vous dire. Sachant que je ne pouvais pas porter toute la misère du monde sur mon dos, je me suis dit qu’être assistante sociale était un bon moyen de faire « la part du colibri », je fais ce que je peux à mon échelle pour rendre l’humanité un peu meilleure. De bien grands mots bien-sûr mais c’est l’idée que je m’en fais.

Et puis il y a la reconnaissance, pas spécialement de la hiérarchie (comme partout ailleurs une fois de plus), mais des usagers eux-mêmes. Nous avons cet énorme privilège, quand on a accompagné une personne pendant des mois, voire des années, qu’on l’a vu franchir les étapes une par une jusqu’à reprendre le contrôle de sa vie, on ressent une espèce de fierté partagée avec la personne. Et je vous assure que juste leur sourire et leur « merci beaucoup d’avoir été aussi gentille avec nous, vraiment » ça compense énormément les difficultés du métier.

Ah oui parce que j’ai oublié de vous le dire en préambule, mais on est des gentilles personnes en fait ! Quand on y regarde bien, on n’est pas juste des vieilles pies avec les cheveux tirés en chignon, perchées sur des talons, boudinées dans notre tailleur rose bonbon et qui retirent les enfants de leur famille à tour de bras. C’est ce qu’on appelle un stéréotype ça. Et on n’est pas non plus des tiroirs caisses qui engraissent « tous-les-cassos-du-coin-qui-branlent-rien-d’leur-journée-et-qui-font-des-gosses-pour-toucher-des-allocs ». Non, ce métier est légèrement plus subtile en fait.

Pour faire simple et comme évoquer plus haut, nous sommes là pour accompagner les gens à reprendre le contrôle de leur vie, et aussi parfois pour les protéger quand c’est nécessaire (protection de l’enfance ou des majeurs vulnérables, en autres). Et pour ça il faut avoir énormément de patience et de foi en l’humanité. On a de grosses déceptions parfois, mais aussi de gros bonheurs souvent. Et il ne faut pas croire que c’est grave d’aller voir une assistante sociale, parce que cela ne veut pas dire qu’on ne vaut rien mais qu’au contraire, on veut se sortir de la situation dans laquelle on s’est enlisé. Que ce soit administratif, financier, familial, éducatif, professionnel, ou que sais-je encore. On va voir une assistante sociale quand on a besoin d’aide, et reconnaître que l’on a besoin d’aide c’est le premier pas vers l’amélioration.

Tout ça pour dire que notre métier n’est ni mieux ni pire qu’un autre, et s’il est extrêmement usant moralement, c’est le plus souvent du fait de contraintes institutionnelles qui nous sont imposées (que je ne vais pas développer ici, car il y a tellement de choses à dire sur que ça mériterait un article à lui seul). Ce sont ces contraintes qui font que parfois on n’a pas de solution à apporter aux gens. Et, pour moi, ce sentiment d’impuissance et sans aucun doute le pire que l’on puisse vivre dans notre métier.

Et vous dîtes-moi, quelle image avez-vous des assistantes sociales ? En avez-vous déjà rencontré ? Peut-être êtes-vous travailleur social ? Si c’est le cas n’hésitez pas à me raconter votre vision du métier dans les commentaires !

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