Être grande sœur : le premier job de ma vie.

Ça y est, le jour tant redouté est arrivé… Ma sœur a fêté ses 18 ans… BIM BAM BOUM (ça c’est le bruit du coup de vieux dans ma face). Je me suis donc dit que c’était le moment idéal pour faire le point sur mon job de grande sœur et vous le partager.

Resituons d’abord un peu le contexte. Il faut savoir que nous avons 9 ans d’écart, enfin 8 ans et 10 mois, si je ne le précise pas elle va me mettre la misère. Bref, là n’est pas la question. J’avais 8 ans et demi donc lorsque j’ai appris la grossesse de ma mère par une gaffe. Un jour, une amie de mes parents est venue nous rendre visite. La conversation dérive sur différentes choses pour arriver à la cigarette. Cette amie regarde ma mère et lui dit “Oui mais toi tu as arrêté parce que tu es enceinte”. Et là, c’est le drame.

choc
Clairement moi après avoir entendu ça !

Tout mon corps s’est figé le temps d’un instant, le temps de comprendre ce que je venais d’entendre, et j’ai senti une énorme colère monter en moi : pourquoi elle était au courant et pas moi ? J’ai donc filé dans ma chambre pour la ranger. Oui, oui, vous avez bien lu, le seul truc que j’ai trouvé pour calmer ma colère à 8 ans et demi était de ranger ma chambre. Si seulement la colère m’avait fait cet effet à l’adolescence, j’aurais eu une chambre mieux rangée que celle de Marie Kondo.

Mes parents m’ont laissé me calmer dans mon coin. Quand je les ai entendu monter les escaliers, j’ai senti comme un stress m’envahir (ce moment m’a tellement marqué que je me rappelle de toutes les émotions par lesquelles je suis passée). Ils ont ouvert ma porte, et en grande drama queen que j’étais déjà à l’époque, je me suis retournée dans mon lit, dos à eux pour bien leur faire comprendre que j’étais TROP véner quoi ! #ringarde

Et puis ils ont réussi à me dérider, en m’expliquant pourquoi ils ne m’avaient pas encore parlé de cette grossesse. Une fois tout ça mis à plat, nous sommes redescendus tous les trois pour manger et j’étais la petite fille de 8 ans et demi la plus heureuse du monde. Et j’ai mangé du Kiri (je préfèrerais que mon cerveau se souvienne de mon numéro de sécu plutôt que du fromage que j’ai mangé ce soir-là, ça me serait vachement plus utile dans la vie !). Ça  y est, j’allais être grande sœur.  

yes
OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIII !

Et puis vient ce fameux 22 mai 2002. J’étais installée bien confortablement dans un fauteuil devant M6 Kids, chez ma grand-mère partie chercher du pain, et je vois mon père, souriant et essoufflé, arriver dans l’encadrement de la porte après avoir monté les escaliers quatre à quatre :

“- Elle est où Mémé ?

– Partie chercher le pain, pourquoi ?

– Elle est partie il y a combien de temps ?

– Pas très longtemps, POURQUOI ?

– Tu restes ici, je vais la chercher. Ta sœur est née ce matin.”

Et il est parti. Et alors là, mais DANSE DE LA JOIE DIRECT (enfin vite fait parce que la veille je m’étais fait brûler une verrue sous le pied, encore un souvenir hyper important qui ne prend pas du tout de la place pour rien dans mon cerveau, c’est cool).

danse de la joie
Tout pareil, l’alcool en moins.

Et nous sommes parties à la maternité pour voir ce bébé, ça a été le coup de foudre direct (enfin juste après que mon père m’ait répondu que tous les bébés venant de naître étaient comme ça lorsque je lui ai dit, apeurée, que ma sœur était moche car toute fripée, elle avait 3h la pauvre). 

J’ai pris mon rôle HYPER au sérieux. Et vas-y que je veux lui donner le biberon, et vas-y que je veux lui changer la couch-AAAAH nan mais Maman elle a fait caca là !, et vas-y que je veux l’habiller, lui donner le bain, la coiffer, et patati et patata. C’était comme si j’avais un poupon grandeur nature : GE-NI-AL !

Ensuite elle a grandi, et moi aussi. Nos centres d’intérêt n’étaient pas les mêmes du fait de notre écart d’âge. On a commencé à se disputer plus qu’avant (jamais rien de bien méchant tout de même) à l’époque où elle était en primaire et moi au collège/lycée. Elle voulait jouer avec moi, et moi je voulais être tranquille ou avec mes ami(e)s. Mais ça ne nous a pas empêchés de nous aimer très fort et de partager de très bons moments. Lorsque je sortais avec des ami(e)s pour aller à la plage, à la fête foraine ou je ne sais où, je l’emmenais avec moi dès que je pouvais (c’est-à-dire quand mes parents m’y autorisaient, en fait). Et elle était tellement à croquer que tout le monde l’adorait et la chouchoutait.

Lorsque je suis partie à la fac, elle avait 9 – 10 ans. C’était horrible, surtout les deux premières années. Elle pleurait presque tous les dimanches soir quand je partais, et ça me faisait tellement culpabiliser ! Quand je rentrais le vendredi soir en revanche, c’était la fiesta ! Elle m’entendait arriver avec ma valise à roulettes et avait déjà ouvert la porte et sauté dans mes bras avant même que je n’ai mis la main sur la clenche. Et 2h après on s’embrouillait parce qu’elle ne me lâchait pas la grappe et que ça va bien cinq minutes.

stop
Ma réaction face à ma pipelette de sœur.

Mon père dit parfois qu’il a deux filles uniques, parce qu’on a grandi ensemble mais pas comme deux sœurs qui auraient 2 ou 3 ans d’écart et qui passent leur temps à jouer ensemble. On n’a pas non plus été élevées tout à fait de la même façon. Bien sûr, les valeurs que nos parents nous ont inculquées sont les mêmes, la transmission s’est juste passée différemment pour elle et moi. Quand on y pense, c’est logique, mes parents avaient 9 ans de plus et l’expérience d’un premier enfant quand elle est arrivée, alors ils n’abordaient forcément pas les choses de la même façon. Il en est de mêmes pour les différents évènements familiaux que nous avons vécus, heureux ou tristes, nous ne les avons pas ressentis ni appréhendés de la même manière. Cette différence, je l’ai remarqué à l’époque où elle est passée à l’adolescence, et ça m’a chiffonnée un peu au début mais, par la suite, je me suis dit “tant mieux pour elle”. Je suis même devenue presque fière de me dire que, comme j’étais passée avant elle, j’avais ouvert la voie et elle n’avait plus qu’à suivre son chemin, déjà un peu débroussaillé par mon passage une petite dizaine d’années plus tôt. Je crois que ces différences nous ont encore plus rapprochées finalement.

Une autre chose nous rapprochait : la musique. On n’est pas particulièrement douées pour chanter ou jouer d’un instrument, mais on sait très bien danser comme des folles et massacrer des chansons (parce qu’on a beau être fan de Céline Dion, on n’a vraiment pas sa voix). Et ça c’était notre petit bonheur à nous, d’abord dans nos chambres (au grand désespoir de nos parents à qui on cassait les oreilles), puis en voiture lorsque j’ai eu le permis. Et là, pour peu qu’il fasse beau : c’était jackpot !  

céline dion
Ce à quoi on pensait ressembler en massacrant des chansons

Je ne crois pas avoir été vraiment jalouse d’elle un jour. Au contraire, au fur et à mesure je l’ai vu grandir, s’affirmer, et devenir une jeune fille formidable dont je suis extrêmement fière aujourd’hui. Et elle m’a surprise et me surprend encore à maintes reprises. Genre à 16 ans, elle était capable de traverser seule une foule pour se rendre seule aux toilettes, chose qui me terrifie encore alors que je vais en avoir 27. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.  

J’ai toujours essayé, et j’espère que j’ai à peu près réussi, d’être là quand elle avait besoin de moi. Je sais que j’en fais un peu trop parfois, parce que depuis toujours chaque fois qu’elle a du chagrin mon cœur se brise en mille morceaux. Encore aujourd’hui, la voir pleurer me rend malheureuse (et on est de vraies chialeuses toutes les deux, imaginez un peu le tableau), alors je voudrais lui éviter toutes les peines du monde mais je me dis que ce ne serait pas forcément lui rendre service, parce que ce sont de nos erreurs que nous apprenons le plus.

Je crois que, dès le début, j’ai pris ce rôle de grande sœur très au sérieux et aujourd’hui encore je la vois comme une enfant, un petit être à protéger alors qu’elle me met la misère quand on se bat (heureusement que c’est pour rire, parce que si on se battait vraiment toutes les deux je pense que je finirais aux urgences), et que c’est elle qui me remonte le moral maintenant. 

Je sais que nous avons de la chance d’avoir cette relation que certaines fratries n’auront peut-être jamais. Nous avons de la chance parce qu’il est beau ce lien, et pour rien au monde je ne voudrais le gâcher, ce lien que j’aurais pu ne pas connaître et que je ne retrouve avec personne d’autre. J’imagine que le lien fraternel doit faire partie de la même catégorie que le lien parents-enfants : on ne peut comprendre qu’une fois qu’on les a ressentis.

Devenir grande sœur a clairement changé ma vie, en mieux. On sait que quoi qu’il arrive, l’autre sera toujours là pour que l’on pleure et bave sur son épaule. Je sais que toutes les fratries n’ont pas la chance de s’entendre aussi bien que nous et, quand j’y pense, je me dis que ces 9 années qui nous séparent ont dû jouer un grand rôle dans notre relation. Peut-être que je n’aurais pas supporté d’avoir une petite sœur lorsque j’avais 3-4 ans, peut-être qu’on se serait chamaillé, qu’on ne se serait pas du tout entendu, qu’on se serait détesté même ! Alors que là, quand elle a commencé à grandir un petit peu et que j’entrais dans l’adolescence, mes parents pouvaient me laisser m’en occuper avec beaucoup moins de crainte que si j’avais 6 ans par exemple, et ça a totalement participé à construire cette belle relation que nous avons. Les gens sont mêmes parfois étonnés que nous soyons si complices, pourtant pour nous c’est normal, et pas une seule seconde on s’imagine vivre sans l’autre. Même si des fois on se saoule, même si on ne se voit pas tous les jours, même pas toutes les semaines.

Ça a été le premier job de ma vie. Je devais être à la hauteur, pour elle, je voulais qu’elle devienne une bonne personne alors il fallait que je montre l’exemple. Et je ne sais pas si j’ai réussi à montrer l’exemple que je voulais, mais ce que je sais en revanche c’est que ma petite sœur est réellement devenue quelqu’un de bien, quelqu’un de bien mieux que moi-même, et je l’aime.

Et vous, avez-vous des frères et sœurs ? Quelles relations entretenez-vous avez eux ? Racontez-nous dans les commentaires !

4 commentaires sur « Être grande sœur : le premier job de ma vie. »

  1. Super article à la fois rempli d’humour, de sincérité et de beaucoup d’amour. En ce qui me concerne j’ai une grande soeur, nous avons 4 ans d’écart. A certains moments nos centres d’intérêts étaient différents mais à l’âge adulte on s’est à nouveau rapprochées. Merci pour ce partage.
    Bises🙂

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  2. Hellooo, joli article. J’ai un petit frère (deux ans de moins) et une petite soeur (six ans de moins). Avec mon frère c’est sympa mais rien de plus. Avec ma soeur c’est une complicité de fou, on s’ecrit tous les jours et on a beaucoup de points en commun. Petites on se calculait à peine mais là on a bien rattrapé le retard !

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